Il est des lieux où la réalité et le mythe savent se côtoyer jusqu'à se
confondre, il est des lieux ou la légende est si présente qu'elle nous laisse
un morceau d'elle même pour nous affirmer son existence. A nous de savoir nous
pencher pour ramasser ces parcelles d’Eternité que sont les croisettes de
Bretagne..

LE PlERRE
A une trentaine de kilomètres de Quimper, au cœur même du Finistère, le
voyageur éclairé remarquera la magnifique petite chapelle de Coadry en Scaër
et se laissera charmer par la simplicité de son architecture et la beauté de
sa nef romane dont les fondations remontent au XI"' siècle. Sur la route, en
rentrant vers le bourg de Scaër, il s'attardera au détour d'un chemin pour
observer le soi d'un champ voisin et y découvrir avec stupéfaction son
mystérieux trésor...
LA LÉGENDE RACONTE...
Il y a bien longtemps, se dressait à Coadry un temple païen (entendez par
là sans aucun doutes un temple dédié aux divinités Celtiques).
Lorsque arrivèrent dans la région le père Ratian et Sainte Candide
(patronne de Scaër), l'évangélisation fut immédiate et le temple délaissé si
bien qu'il tomba rapidement en ruine et ne conserva pour ornement que ronces
et épines et pour fidèles quelques vipères malfaisantes.
Quelque temps plus tard, le Comte de Trévalot, seigneur du pays, voit son
château assiégé par son cruel et dangereux rival, le seigneur de Coatforn,
village situé à 6 km au sud de Coadry. Une armée du sanguinaire seigneur de
Coatforn est plus nombreuse, bientôt la place forte menace de tomber en ses
mains. Désemparé et sentant sa dernière heure approcher, le Comte, comme il
est pieux chrétien s'en remet à Dieu et fait le vœu en cas de victoire de
construire une chapelle en l'honneur du Christ. Le miracle tant espéré se
produit et le Comte a vite fait de mettre en déroute son dangereux adversaire.
L'ennemi étant vaincu, le vieux Comte se demande où il doit construire la
chapelle. On lui suggère d'atteler un char à bœufs, de le remplir de pierres
et de le laisser aller, livré à lui même. A l'endroit où ce curieux équipage
s'arrêtera, on bâtira la chapelle du Christ. Les bœufs arrêtent leur libre
course prés du vieux temple païen de Coadry et c'est donc à cet endroit choisi
par Dieu lui même qu'est construite la chapelle de Coadry.
Dès le lendemain, ouvriers et architectes se rendent sur les lieux pour
commencer la construction. Quel n'est pas leur surprise en constatant que les
ronces qui couvraient le temple avaient disparu, remplacées par un jardin de
fleurs magnifiques. Mais ce n'est pas tout! Les anciennes pierres du Temple
étaient alignées le long des fondations et une source nouvelle avait jailli.
Ses eaux miraculeuses auront la faculté de guérir tous les pèlerins malades
qui se rendront à Coadry.
DE LA MAISON DU SEIGNEUR
La chapelle fût vite construite car les ouvriers travaillaient nuit et jour
pour accomplir la volonté du Seigneur. Bientôt, on eût fini le gros des
travaux et il restait à placer un clocher, le plus haut des alentours comme il
se doit. Alors, on vit surgir de la forêt un géant qui se chargeât de la
construction sans même utiliser le moindre échafaudage. Aujourd'hui encore, ce
géant a sa tombe dans le petit village de Coadry. Deux croix celtiques la
surmonte, séparées par une distance de 25 mètres. l'une est placée sur sa tête
et l'autre sur ses pieds...
La chapelle ayant été construite et la source miraculeuse coulant en son
flanc, le Comte de Trevalot fit savoir par monts et par vaux toutes ces
merveilles.
Bientôt, les pèlerins accourent de toutes parts si bien qu'il faut
construire de nombreuses hôtelleries pour pouvoir les héberger (certaines
existent encore de nos jours).
D'après une très vieille gwerz
bretonne, au XII"' siècle, la région connut une forte période de disette. Le
nombre important des pèlerins en fût rendu responsable et le peuple décida de
brûler la chapelle. Une première version de la légende veut que la fumée de
l'incendie ait dispersé sur la terre des hommes d'innombrables petites pierres
en forme de Croix afin de leur rappeler qui était leur véritable Seigneur.
Quant à la seconde version de la légende, elle raconte qu'après l'incendie, un
énorme orage éclata alors et l'on vit s'abattre sur le sol une pluie de
pierres portant des croix, clous et couronnes rappelant ainsi aux hommes que
c'était au nom du Christ que cette chapelle avait été élevée.
Le message de Dieu fut bien entendu, on ramassa les pierres, elles allaient
servir de Talismans contre les naufrages, les chiens enragés, la foudre ...
Mais le plus étonnant, c'est qu'on les ramasse encore...
LES PIERRES DE CROIX
33% de Silice, 48% d'Alumine, 2% de Magnésie, 17% de Sesquioxyde de fer :
voici la simple composition d'une légende bien palpable et 100% mystérieuse.
En effet, si la croisette de Bretagne ne recèle pas, en elle même, de
composantes
le Finistère au nord d l pour se terminer vers l~êîéc_ Kerzest, les
cultivateurs en récoltent surtout aux labours d'automne. On en a même
découverte une pesant 800g et mesurant 9 cm... De tout temps, les Pierres de
Croix ont été en vogue. Déjà en 1974 Cambry nous signale que "les religieuses
en faisaient des sachets qu'on suspendait au cou". Plus tard, elles
deviendront bijoux et parures féminines. Naguère, le bedeau de Coadry les
vendait encore aux pèlerins la veille du pardon.
On dit même que d'énormes quantités de ces pierres auraient été vendues
pour être exportées vers les Etats Unis, mais cette information n'a pas pu
être vérifiée.
De nos jours, ce commerce n'a plus lieu (ou presque), les gens ne croient
plus aux vertus magiques des Pierres de Coray. Seuls les paysans du pays
conservpnt ment leur collection de pierres et ne s'en sépareraient pour rien
au monde, conscients tout simplement, qu'ils possèdent une parcelle de la
légende et du mystère de leur région, une parcelle d'éternité...
Hon Jezus Christ evit e chkbor A zigasas var un douar Men rouz dre pe hini
vouier E oa Jesus barx a beder.
(Notre Seigneur pour sa gloire, fit tomber sur la terre des pierres rousses
qui firent savoir que c'était Jésus qu'on y priait) Extrait d'une vieille
Gwerz Bretonne.